Mois de Mars : les femmes domestiques méritent un bon traitement

Jeudi 16 mars 2023, les étudiants de l’Université de Goma en conférence sur « La problématique d’accès aux droits des femmes.
Quid des femmes dans le secteur domestique ? ‘’ Deux heures durant, ces étudiants étaient d’abord en échange avec Madame Modestine Etoy qui a abordé l’état de lieu de la situation de la femme domestique en République Démocratique du Congo. Ensuite le master Jean Jacques Kazingufu sur la problématique des travailleuses domestiques en legislation congolaise et en droit comparé.

Pour ouvrir le bal, la parole est accordée au Directeur de cabinet du recteur de l’UNIGOM. Celui-ci commence par circonscrire la tenue de cette activité. Eric Kambale indique que cette activité s’inscrit dans le rapprochement des experts aux étudiants pour marier la théorie apprise à l’auditoire à la pratique tel qu’exige le système LMD (Licence-Master-Doctorat).

Il souhaite à cet effet, que les étudiants s’engagent dans la lutte pour les travailleurs domestiques. C’était avant que Jacinthe Maarifa responsable du Programme à AGIR RDC circonscrive l’activité en présentant le combat de cette organisation des bénévoles congolais dans la promotion et la défense des droits des couches marginalisées.

Prenant la parole, Modestine Etoy, Executive de l’organisation AGIR RDC indique avoir été femme domestique pendant ses études aux Etats-Unis d’Amérique. Elle dit avoir travaillé comme cleaner « femme de ménage ». Cependant, elle déplore la violation des droits des pratiquantes de ce métier en RDCongo. ’’ Si en Europe ou en Amérique la femme domestique gagne sa vie grâce à ce métier, pourquoi pas ici ?’’ c’est la question qu’elle fait retentir dans la salle avec un ton militant.


A Goma, elle milite pour les droits des femmes à travers l’organisation Action Globale et Inclusive pour le Développement de la RDC, AGIR en sigles. Un des objectifs d’AGIR RDC est, en effet, la Promotion des travailleurs et Travailleuses domestiques. Celle-ci est un incubateur de l’organisation Union des Femmes travailleuses Domestiques du Congo (UFEDOC).

Par une approche participative, le public a contribué à l’état de lieux des femmes domestiques en répondant à ces différentes questions : Qui sont les travailleurs et travailleuses domestiques en RDC ? D’où viennent-elles ? Comment sont-elles appelées ? Quel traitement la société leur accorde ? Quelles sont les tâches qu’elles font ?…

En effet, les femmes de ménage (domestiques) sont généralement démunies, provenant des majoritairement de milieux ruraux à cause de l’insécurité généralement ou à la recherche d’une « bonne vie » en ville ; prêtes pour les travaux ménagers à contre-partie d’une modeste rémunération et pour bénéficier d’un logis gratuit. Il s’agit notamment de torchonner, faire la vaisselle, accompagner les jeunes enfants à l’école, faire la lessive d’habits, repasser les habits, préparer le repas familial, laver la voiture, servir de vigile de portail (à ouvrir et refermer après passage du véhicule), faire le jardinage, et autres « corvées ».

« Toutes ces tâches leur imposent souvent de se lever au premier cri du coq et aller au lit en dernier‘’, constate une étudiante de la médecine. Malgré la multitude des taches, elles sont moins considérées dans la société et reçoivent un salaire insignifiant. Dans la plupart de cas, elles subissent différentes formes de mépris, y compris la non possibilité de manger à table avec les autres convives au banquet. On peut les appeler ‘’ Dada, Chef de Travaux, Boy, Batu ya Musala (bons à tout faire), Bonne…’’ Et d’autres noms moins valeureux qui les rendent parfois vulnérables.

Que prévoit la loi en la matière?

Le deuxième orateur a quant à lui abordé la place de la problématique dans la législation congolaise et en droit comparé. En tant que Chercheur en faculté des droits à l’UNIGOM, Jean Jacques Kazingufu avance que la question des femmes travailleuses est multidimensionnelle.
Jean-Jacques situe le problème à partir du début du contrat.

En effet, le contrat de travail est caractérisé par un flou, il est verbal et le travailleur a du mal à réclamer des droits lorsqu’ils n’existent pas par écrit du fait qu’à la longue il n’a pas la possibilité de présenter des preuves tels le bulletin de paiement,… Aussi, souligne monsieur Jean Jacques, ’’leur domicile est confondu avec la maison de leur patron’’ ainsi ils n’ont pas des heures de repos, ils vont au-delà des 8h de travail.

Recevant un salaire modeste au regard de la multiplicité de tâches exécutées, elles ne sont pas déclarées à la CNSS (Caisse Nationale de Sécurité Sociale), une exigence légale pourtant. Après le service rendu elles ne reçoivent aucune « Attestation‘’ pourtant l’équilibre de la maison répose sur eux, regrette le Chercheur.

Etant membre de l’Organisation International du Travail, la RDCongo doit suivre la convention 189 sur les travailleurs et travailleurs domestiques. En effet, comme travailleuse, la femme domestique a droit à (au/ la) :

– Respect du temps travail : 8 Heures de travail max ;
– Repos hebdomadaire et congé de circonstance
– Remuneration adequate
– Stabilité de l’emploi
– Respect de l’intégrité physique et morale
– Santé et la sécurité au travail
Ces différents droits sont très loin d’être respectés pourtant.

A la fin de l’activité, le Club AGIR des étudiants de l’UNIGOM a été constitué. Ils se réuniront (suivant un planning à fixer) pour échanger autour des différentes thématiques telles que celle des droits des femmes.

Comme le dit le Prix Nobel Denis Mukwege dit « Réparateur des femmes », les droits des femmes sont les droits humains, il faut se battre tous ensemble contre les violences qui leurs sont infligées. Ainsi donc, protéger et promouvoir les droits des peuples est une condition royale pour avoir un monde où il fait beau vivre.

Albert Isse Sivamwanza

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